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lundi 4 août 2014

Tabagisme et allaitement

On sait que le tabagisme maternel est dangereux pendant la grossesse mais qu'en est-il de l'allaitement chez les fumeuses? Les femmes qui fument peuvent-elles allaiter? Y-a-t-il des risques pour le bébé? Le point sur les connaissances actuelles.
Les effets du tabagisme sur l'allaitement
Une méta-analyse a montré que les femmes fumeuses allaitent moins que les non-fumeuses et qu'elles allaitent moins longtemps lorsqu'elles nourrissent leurs enfants. La probabilité d'arrêt de l'allaitement avant 3 mois est environ 2 fois plus élevée chez les femmes fumeuses versus les femmes non-fumeuses.  Plusieurs explications peuvent expliquer ce sevrage précoce: tout d'abord, le tabagisme diminue la production de lait et modifie la composition de celui-ci. La nicotine semble en effet diminuer la sécrétion de prolactine, et donc induire une sécrétion lactée moins abondante, avec un taux de lipides plus bas. Ensuite, les fumeuses sont plus susceptibles de croire que leur production de lait est insuffisante et sont ainsi moins motivées à allaiter.
Enfin, les nourrissons allaités par une mère qui fume sont plus enclins aux coliques et aux pleurs, ce qui entraîne un sevrage précoce.  En effet, la nicotine passe rapidement dans le lait, où elle atteint un taux qui est fonction de divers facteurs (nombre de cigarettes fumées, façon dont la fumée est inhalée, laps de temps entre deux cigarettes, tabagisme passif…). La nicotine peut entraîner chez le bébé de l’irritabilité, des nausées et des vomissements, des anomalies de la pression sanguine et du rythme cardiaque, des douleurs abdominales… Ajoutons à tout cela que la nicotine donne au lait un goût prononcé, qui peut déplaire au bébé, moins enclin à téter.
Tabagisme maternel: pas une contre-indication à l'allaitement, au contraire!
Beaucoup de femmes qui fument n'allaitent pas car elles pensent que c'est nocif pour le bébé. Certes, le tabagisme n'est pas sans effet sur l'allaitement on l'a vu mais de nombreuses études montrent que les bienfaits de l'allaitement sont supérieurs aux inconvénients chez la femme allaitante qui fume, à condition que l'allaitement dure plus de 6 mois. Tout d'abord pour le bébé! Le tabagisme passif augmente en effet un certain nombre de risques chez celui-ci mais cet effet est réduit par l'allaitement maternel, en particulier s'il est de longue durée.  Des études ont montré que l'incidence de maladies respiratoires chez les nourrissons dont la mère fumait était plus faible chez ceux dont la mère fumait et allaitait. Une étude de cohorte de 1996 a montré un effet protecteur de l'allaitement à long terme (plus de 6 mois) sur les infections des voies respiratoires basses et que cet effet  protecteur était plus fort chez les enfants exposés au tabagisme maternel. Le tabagisme maternel augmente le risque d'infections des voies respiratoires basses chez l'enfant allaité par la mère pendant une période de 0 à 6 mois. Mais quand l'enfant est allaité au sein, le risque devient non-significatif. Une étude de cohorte de 2007, portant sur 240 enfants hospitalisés pour des épisodes de bronchiolites aigües, de la même façon conclu que l'allaitement maternel avait un effet protecteur même pour les enfants exposés au tabagisme passif: un allaitement inférieur à 4 mois et une exposition au tabagisme passif sont associés à une sévérité des bronchiolites et à une prolongation d’hospitalisation. Le risque est également important  dans le cas d’un allaitement inférieur à mois sans tabagisme passif. En revanche, le tabagisme passif n’augmente pas le risque de bronchiolites quand l’allaitement maternel est supérieur à 4 mois.
Il existe une association positive entre le tabagisme maternel et les coliques du nourrisson mais il semble que l’allaitement maternel réduise ce risque. Une étude de cohorte Néerlandaise de 2010 a évalué l’association entre le tabagisme maternel et le type d’allaitement sur l’apparition de coliques du nourrisson : la prévalence de coliques était deux fois plus élevée dans le groupe des nourrissons allaités artificiellement de mères fumeuses mais cette prévalence diminuait et le risque redevenait non significatif si les nourrissons étaient allaités au sein.
Il semble également que l’allaitement maternel puisse modifier les effets néfastes du tabagisme pendant la grossesse sur le développement cognitif. Ainsi, une étude de cohorte américaine, sur 570 enfants exposés au tabagisme maternel pendant la grossesse a étudié l’effet du type d’allaitement sur les performances cognitives à l’âge de 9 ans : dans le groupe des enfants allaités au sein pendant 3 semaines, malgré le tabagisme maternel, on voit une relation positive significative entre allaitement maternel et performances cognitives ; cette relation est en revanche négative chez les bébés allaités au biberon.
Les bienfaits de l'allaitement, surtout si celui-ci dure plus de 6 mois, atténuent les méfaits du tabagisme passif chez l'enfant.
Autre avantage de l'allaitement: il peut aider les femmes qui fument à arrêter de fumer. Une étude de 2012 montre que les femmes qui allaitent fument moins que celles qui n'allaitent pas et qu'un allaitement prolongé réduit les risques de rechute tabagique, effet qui dure dans le temps. Une raison de plus de conseiller l’allaitement aux fumeuses ! Il va de soi de ne pas fumer pendant que l'enfant taite.
Tabagisme maternel et allaitement: en pratique
 Une mère qui fume devrait prolonger au maximum l’allaitement maternel afin de contrebalancer les effets néfastes du tabagisme passif sur la survenue de problèmes de santé chez le bébé. Quelques mesures permettent de limiter l’exposition du bébé allaité par une mère fumeuse:
- réduire sa consommation de tabac (car les effets augmentent avec elle),
- fumer juste après la tétée plutôt qu’avant ou pendant (la quantité de nicotine reçue par le bébé est jusqu’à dix fois plus forte si la mère a fumé juste avant la tétée) ; si possible, attendre deux heures après avoir fumé pour mettre l’enfant au sein,
- fumer hors de la présence du bébé
L'idéal reste cependant le sevrage tabagique pendant l'allaitement. Les substituts nicotiniques ne sont pas contre-indiqués pendant l'allaitement et sont largement préférables aux cigarettes. Les timbres transdermiques entraînent des taux lactés de nicotine 2,5 fois inférieurs aux taux constatés chez les mères fumeuses. Il faut cependant privilégier l'usage diurne des timbres transdermiques et privilégier les tétées nocturnes, au moins sans les premiers temps de l'allaitement pour minimiser le passage de la nicotine dans le lait. Les formes orales de substitution nicotinique (gommes, pastilles), préférables chez les femmes qui allaitent,  entraînent des taux beaucoup moins réguliers avec des pics sériques juste après la prise.  Elles doivent donc être prises à distance de la tétée qui devra être différée de 2 à 3 heures après la prise pour minimiser la quantité de nicotine ingérée par le bébé.

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